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  • Le 27 février 2023 de 14:00 à 15:00
    Campus Tertre
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Gratuit Ouvert à tous

Dans le cadre des chercheurs à la BU, António de Almeida Mendes, Maître de Conférences en histoire moderne et responsable du département Histoire, présente une conférence intitulée "Nés outre-mer, morts à Lisbonne : être esclave et étranger dans une société chrétienne d’Ancien Régime (Lisbonne XVI-XIXe siècles)".

L'esclavage Originaires de Chine, du Japon, de Ceylan, d’Indonésie, de Birmanie, du Bengladesh, de Cochin, de Goa, d’Angola, du Mozambique, du royaume de Allada (Bénin), de São Tomé, du Cap-Vert, de Guinée, du Pernambouc, de Bahia, etc… des milliers d’enfants (moços et moças) furent déplacés de force vers Lisbonne, entre les XVIe et XIXe siècles, pour être placés dans des familles, au service d’un maître.
Baptisés, christianisés, domestiqués, éduqués par un maître-seigneur, ils devinrent des escravos (esclaves) : membres d’une familia, la maison du maître, et par la même occasion membres de la freguesia, une unité de voisinage et de résidence qui traduit l’ancrage de l’individu dans un territoire. L’escravo relevait de la propriété du seigneur (en tant que sujet mineur l’esclave dépend du pouvoir du pater familias) et était, dans le même temps, considéré comme un« Fils de l'Église : filii ecclesiae, d'où est venu le terme portugais filigrês, puis freguês.

Le sujet de cette communication est de penser une autre histoire de l’esclavage qui s’inscrirait dans le territoire métropolitain portugais.
L’esclavage se présente alors comme un élément de stabilité et d’ordre dans des sociétés encadrées par le droit et la loi, par des hiérarchies, des statuts, des pratiques ; des sociétés où l’on pense l’inégalité sur la base de la naissance, de la religion, du genre, des sociétés où la contrainte physique ou morale, s’exprime dans une variété de contextes historiques et géographiques. A ce titre, l’esclavage peut être posé comme un des systèmes fondamentaux de la culture portugaise d’Ancien régime.

La communication s’appuie sur une base de données en cours de construction qui compile des milliers de procès de mariage d’esclaves à Lisbonne. L’historien capte ici les voix et les gestes des esclaves à un moment capital de leur existence : le mariage. Le droit à se marier ouvre la voie pour l’esclave au droit à s’émanciper, à fonder sa propre famille, à quitter la maison du maître.

Devenir chrétien, abandonner ses coutumes de naissance, affirmer ne croire qu’en un seul Dieu, à la monogamie, accepter sa condition, les hiérarchies et les cadres politiques et sociaux d’une société chrétienne et d’Ancien Régime ouvre la voie en quelque sorte à un statut d’« assimilé », d’indio forro ou de preto forro. Le terme forro ne doit pas être compris dans ce cadre précis comme une porte ouverte vers l’affranchissement et la liberté individuelle, il traduit d’abord l’acquisition par l’esclave émancipé du statut d’étranger et de la condition de néo-chrétien, d’un entre-deux identitaire et juridique qui ouvre la voie à l’insertion politique.
 

  • Rendez-vous le 27 février à 14h au LAB de la BU Droit